La mise en page d'un manuscrit pour une maison d'édition
Un manuscrit mal présenté n'est pas refusé pour sa mise en page. Il est en revanche lu avec moins d'indulgence, et il révèle en trois secondes que son auteur ne connaît pas les usages du métier. La bonne nouvelle, c'est que la présentation standard est simple, qu'elle se règle une seule fois et qu'elle ne demande aucune compétence graphique : le but n'est pas de faire ressembler ton texte à un livre, c'est de le rendre neutre et lisible.
En bref
Une seule police pour tout le texte, une police classique comme Times New Roman, en corps 12.
Interligne double ou au minimum 1,5, marges larges, impression recto seul pour un envoi papier.
L'unité de mesure est le feuillet : 1500 signes espaces comprises, soit 25 lignes de 60 signes (ATLF).
Une page de titre avec le titre, ton nom, tes coordonnées et la longueur du texte, puis une pagination continue.
En numérique, PDF ou DOCX quand la maison les accepte, rien d'autre (Actes Sud).
Les consignes de la maison, quand elles existent, l'emportent sur toute norme générale.
Quelle est la présentation standard d'un manuscrit ?
Un texte dans une seule police classique, en corps 12, avec un interligne généreux, des marges larges, des pages numérotées et une page de titre qui donne l'essentiel. Rien de plus.
Le principe derrière ces choix explique toutes les règles qui suivent : un manuscrit ne doit pas ressembler à un livre imprimé. Il doit être facile à lire pour quelqu'un qui en lit des dizaines par semaine, et facile à manipuler pour ceux qui travailleront dessus ensuite. Chaque fantaisie typographique, même soignée, va dans le sens contraire.
Si ton texte est retenu, la maison appliquera de toute façon sa propre maquette au moment de la mise en page du livre. Tout le travail typographique que tu fais maintenant sera jeté : reste simple.
Quelle police et quel corps choisir ?
Times New Roman ou une autre police classique à empattements, en corps 12, une seule pour tout le manuscrit.
Le corps 12 fait partie des réglages habituels du métier, ceux que l'ATLF rappelle à propos de la présentation des textes : corps 12, double interligne et marges adéquates (ATLF, Le feuillet). La police n'a pas besoin d'être originale, elle doit être lisible et ne pas attirer l'attention.
La règle de la police unique est celle qu'on enfreint le plus souvent. Des titres de chapitre dans un autre caractère, une dédicace en écriture décorative, des épigraphes dans une troisième police : ce sont des signes d'amateurisme, pas de soin. Si un chapitre doit se distinguer, il se distingue par le blanc et par sa position sur la page, pas par un changement de caractère.
Le gras n'a pas sa place dans le corps d'un texte narratif. L'italique, oui, pour ce à quoi il sert vraiment : pensées rapportées, titres d'œuvres, mots étrangers.
Quel interligne et quelles marges ?
Un interligne double, ou au minimum 1,5, et des marges d'au moins 2,5 centimètres.
Le double interligne reste la référence de la présentation professionnelle (ATLF), et beaucoup de maisons se contentent d'un interligne 1,5. Ce qui ne passe pas, c'est l'interligne simple sur un roman entier : les lignes se tassent et la lecture devient pénible au bout de quelques pages. Dans le doute, choisis le plus large.
Pour les alinéas, une seule règle technique : n'utilise jamais la touche de tabulation ni une série d'espaces. Le retrait de première ligne se règle dans les paramètres du paragraphe, sinon la mise en page se défait dès qu'on ouvre le fichier avec d'autres réglages que les tiens.
Si l'envoi se fait sur papier, imprime en recto seul, sur du A4 blanc, et n'agrafe pas les feuilles.
Comment calculer le nombre de feuillets ?

On prend le nombre de signes espaces comprises et on le divise par 1500.
Le feuillet est l'unité de mesure de l'édition française : 25 lignes de 60 signes, soit au maximum 1500 signes, blancs et espaces compris (ATLF, Le feuillet). Tous les logiciels de traitement de texte affichent le nombre de caractères espaces comprises : le reste est une division.
Un exemple concret donne l'ordre de grandeur. Un roman de 90 000 mots en français compte environ 540 000 signes espaces comprises, donc autour de 360 feuillets. Quand un éditeur ou un concours demande un texte de 150 feuillets au maximum, il parle d'un texte d'environ 37 000 mots, autrement dit d'un roman court.
On compte en feuillets et non en pages parce que la page ne veut rien dire. Le même texte occupe deux fois plus de pages si on change le corps et l'interligne, alors que le nombre de signes ne bouge pas. Pour savoir si la longueur de ton roman correspond aux usages de ton genre, lis combien de mots doit avoir un roman.
Si tu écris dans GrinTale, tu n'as pas besoin de faire la division. La vue Plan affiche les mots, les signes et les feuillets de tout le manuscrit, mis à jour à chaque enregistrement, et le chiffre à reporter sur la page de titre est toujours sous tes yeux. Si tu veux l'essayer, tu as 15 jours de GrinTale gratuits, sans carte bancaire.
Que mettre sur la page de titre ?
La page de titre est la première page et ne contient que quatre informations : le titre, ton nom, tes coordonnées et la longueur du texte en feuillets ou en signes. Pas d'image, pas de citation, pas de projet de couverture.
Si tu écris sous pseudonyme, la page de titre porte les deux noms : le pseudonyme sous le titre et ton nom civil à côté des coordonnées, parce qu'un éventuel contrat sera signé avec le second.
Sur chaque page suivante, un en tête discret avec ton nom, le titre abrégé et le numéro de page. Il ne sert qu'à une chose, mais elle compte : si quelqu'un imprime le fichier et que les feuilles se mélangent sur un bureau, chaque page reste identifiable et le manuscrit se remet en ordre.
La pagination commence à la première page de texte, pas à la page de titre.
PDF ou Word ?
Pour l'envoi, ce que la maison demande, et c'est presque toujours PDF ou DOCX. Actes Sud, par exemple, n'accepte que ces deux formats, avec un poids maximum de 10 Mo (Actes Sud, Soumettre un manuscrit). Le PDF a l'avantage de conserver la mise en page à l'identique sur n'importe quel ordinateur, alors qu'un fichier Word peut se recomposer selon les polices installées.
Une fois le contrat signé, la demande s'inverse. L'éditeur voudra un fichier modifiable, parce que le texte sera corrigé et mis en page à partir de ce fichier. Les images, s'il y en a, se livrent en fichiers séparés en haute résolution et ne se collent jamais dans le document de texte.
Le nom du fichier compte plus qu'on ne le croit. Nom_Titre.pdf se retrouve dans un dossier de trois cents pièces jointes, manuscrit_final_v2.pdf non.
Et vérifie toujours si la maison lit les manuscrits complets ou seulement un extrait : Actes Sud précise ne lire que les manuscrits complets (Actes Sud). La procédure d'envoi dans son ensemble, du courrier d'accompagnement au choix des maisons, est détaillée dans comment envoyer un manuscrit à une maison d'édition.
Quelle différence entre présentation d'envoi et normes éditoriales ?
Cette distinction perd beaucoup d'auteurs qui débutent, et elle mérite d'être claire, parce qu'elle change ce que tu dois faire et à quel moment.
La présentation d'envoi, c'est le sujet de tout cet article : comment présenter le manuscrit quand tu le proposes à un éditeur qui ne te connaît pas. C'est une convention générale, la même pour tous, et elle sert seulement à être lu sans friction.
Les normes éditoriales, ou protocole éditorial, sont un document que la maison remet aux auteurs avec qui elle a déjà signé, et elles concernent la préparation du texte pour l'impression : guillemets, écriture des nombres, majuscules, traitement des notes et des citations. Elles sont bien plus détaillées et changent d'une maison à l'autre.
Tu n'as pas à appliquer les normes éditoriales d'une maison quand tu lui envoies ton texte. Tu les appliqueras après, si elle te publie, et c'est elle qui te les fournira. La seule exception, c'est quand l'éditeur publie des consignes explicites sur sa page consacrée aux manuscrits : dans ce cas, ces consignes l'emportent sur toute norme générale, toujours.
Les erreurs qui se voient tout de suite
Certains défauts sautent aux yeux avant même la première phrase, et tous s'évitent en cinq minutes.
Plusieurs polices dans le même document, ou une police décorative pour les titres de chapitre.
Des lignes vides à la place des alinéas, ou des alinéas faits avec des tabulations et des espaces.
Un interligne simple sur un texte long, qui rend la lecture pénible au bout de quelques pages.
Une ponctuation non harmonisée : espaces manquantes avant les deux points, les points d'exclamation et d'interrogation, guillemets droits mêlés aux guillemets français.
Une pagination absente, ou présente seulement sur certaines parties.
Des éléments graphiques : projets de couverture, illustrations, cadres, en têtes en couleur.
Un texte non relu. C'est le seul défaut de présentation qu'aucun réglage ne corrige.
Questions fréquentes
Texte justifié ou aligné à gauche ?
Les deux sont acceptés et aucun éditeur ne refuse un manuscrit pour cela. Le texte justifié est l'usage le plus courant en France, à condition d'activer la césure automatique, sinon des blancs irréguliers apparaissent entre les mots.
Combien de feuillets font 90 000 mots ?
Environ 360 feuillets, sachant que 90 000 mots en français représentent à peu près 540 000 signes espaces comprises et qu'un feuillet vaut 1500 signes.
Et la page de titre, on la numérote ?
Non, la pagination commence à la première page de texte. La page de titre reste sans numéro et sans en tête.
Une autre police pour les titres de chapitre, c'est possible ?
Mieux vaut éviter. Une seule police dans tout le manuscrit est la règle que les éditeurs répètent le plus, et les titres se distinguent par le corps et par le blanc.
Quelles marges régler exactement ?
Environ 2,5 centimètres sur tous les côtés conviennent toujours, et personne ne les contestera. Des marges plus larges laissent de la place aux annotations du lecteur.
En résumé
La présentation standard d'un manuscrit français tient en une ligne : une police classique en corps 12, un interligne double ou 1,5, des marges larges, des pages numérotées, une page de titre avec l'essentiel, un fichier PDF ou DOCX.
Ce n'est pas une épreuve de talent et ça ne fait rien gagner à lui seul. C'est simplement la façon d'enlever toute friction entre ton texte et la personne qui doit le lire, et de ne donner à personne une raison de fermer le fichier avant la première page.
Une fois le manuscrit mis en page, la pièce suivante de l'envoi est le résumé de l'intrigue : lis comment écrire un synopsis de roman.
Sources
ATLF, Association des traducteurs littéraires de France, Le feuillet : petit précis de désembrouillamini, consulté le 2026-10-12, https://atlf.org/le-feuillet-petit-precis-de-desembrouillamini/
Actes Sud, Soumettre un manuscrit, consulté le 2026-10-12, https://actes-sud.fr/contactez-nous/manuscrit
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